Cabinet Paulin, Ostéopathe

 
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Errance diagnostique

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l’ostéopathie à la rescousse

Depuis que je travaille en cabinet, je m’interroge à propos de la notion d’errance diagnostique et de ses conséquences. Comment réagir face à des patients qui, pendant des mois voire des années, cherchent des mots à mettre sur leurs douleurs ? C’est d’abord l’échec de la médecine conventionnelle qui interroge. Qui doit prendre le temps de retracer le parcours diagnostique, de synthétiser les résultats, interroger ses connaissances et son expérience pour apporter des éléments de réponse?

Le parcours diagnostique

En France, depuis la réforme de l’Assurance maladie de 2004, le médecin de famille a muté en médecin traitant, devenu le chef d’orchestre du parcours de soin. Mis à part quelques exceptions (ophtalmologie, gynécologie, psychiatrie, stomatologie…) le médecin généraliste est le premier maillon du parcours de soin. C’est lui qui assure le suivi de ses patients, renouvelle les ordonnances et reçoit les comptes rendus des examens complémentaires. Il est le premier prescripteur, celui qui vous oriente et qui a la tâche de vous garder en bonne santé.

 

Si cette réforme a substantiellement augmenté les revenus des médecins généralistes, leur permettant de mieux vivre de leur métier, elle a aussi contribué à la saturation progressive des cabinets. Au début de l’année 2020 l’UFC-que-Choisir (1) publie une enquête sur le sujet. Les résultats sont inquiétants. Un Français sur dix déclare ne pas pouvoir s’enregistrer auprès d’un médecin traitant, soit six millions de patients. Dans cette même enquête, on découvre qu’un médecin généraliste sur deux n’accepte plus de nouveaux patients. Ajoutons à cela la démographie des généralistes, qui mesure l’âge moyen en 2015 à 51,5 ans et l’âge médian à 50 ans (2). L’accès à la première marche du parcours de soin semble donc de plus en plus difficile et ne devrait pas connaître d’embellie avant longtemps.

 

La saturation des cabinets médicaux et les conditions de travail sont deux paramètres importants pour comprendre le retard de diagnostic. Il ne s’agit pas ici de porter un jugement à propos des compétences de nos courageux « médecins de campagne ». Qui serait capable de diagnostiquer une maladie que personne ne connaît ? Qui peut donner du temps qu’il n’a pas ?

 

Nous allons plutôt nous intéresser à la place que peut prendre l’ostéopathie pour soulager nos médecins.

L’errance diagnostique, de l’espoir au désespoir

Le temps diagnostique désigne la durée nécessaire au système de santé pour nommer la pathologie dont souffre un patient. L’errance diagnostique désigne le temps pendant lequel le diagnostic se fait attendre. Elle peut être aussi l’absence de diagnostic. Pour ce qui est des grands cadres pathologiques connus, le temps de diagnostic n’excède pas un an. Il faut un an pour diagnostiquer cinquante pour cent des maladies rares, cinq ans ou plus pour près d’un cinquième d’entre elles (3).

Le parcours de soin est redoutablement efficace pour les maux connus, répertoriés et saisonniers. Il suffit de suivre la ligne de la guérison désignée par le médecin traitant puis par les spécialistes le cas échéant.

 

Lorsque le tableau clinique est atypique les choses se corsent. La douleur devient chronique, la situation s’enlise. Le patient devient une balle de ping-pong entre le médecin généraliste et les médecins spécialistes. Pas de réponse à l’examen orthopédique ou neurologique, rien à la radio, bilan sanguin de champion, IRM muette, médicaments inefficaces : vous venez d’entrer dans la spirale désespérante de l’errance diagnostique.

 

Retour à la case départ: votre médecin traitant pour qui a la chance d’en avoir un. Les symptômes restent obstinément les mêmes, la souffrance elle, est bien présente.

 

Il n’est question nulle part des patients pour lesquels la médecine ne trouve jamais. Il n’est question nulle part des patients souffrant de troubles mineurs mais empoisonnants voir handicapants. Il n’est question nulle part des patients dont la douleur est jugée « dans la tête ». C’est à cette catégorie de patients que cet article s’adresse. Les oubliés du système de santé, ceux pour qui la médecine n’a pas le temps. Pas de signes de gravité, pas de lésions organiques, pas d’impotence fonctionnelle. Une ordonnance pour des anti-douleurs et des anti-inflammatoire et circulez !

Il est important de préciser que ces situations sont minoritaires, que les généralistes ne laissent pas tomber leurs patients mais qu'elles existent. Ces patients se retrouvent inexorablement et par défaut dans nos cabinets.

L’ostéopathie en dernier recours

Lorsque les patients en situation d’errance diagnostique se présentent en consultation, le premier défi consiste à faire la synthèse du parcours de soin. L’ostéopathe a les compétences pour cela. En s’appuyant sur ses connaissances anatomiques et physiologiques, sur sa familiarité avec le language médical, il est capable de vous éclairer sur ce qui a été fait et sur ce qu’il reste à faire. Il est étonnant de constater que dans la majorité des cas, il n’y a jamais eu de synthèse ni de point d’étape.

 

Le deuxième défi est d’expliquer ce qui a été fait et comment les conclusions ont été tirées. Apporter de la hauteur de vue, faire la synthèse et faire preuve de pédagogie, voilà un point d’étape important. Cette étape est primordiale pour rassurer le patient, pour lui montrer que le plus grave a été envisagé et systématiquement éliminé.

 

Le troisième défi, le plus délicat, consiste à valider l’efficacité d’une prise en charge par l’ostéopathie. Il est capital d’établir un pronostic, remettre les maux dans une dimension temporelle, redonner au patient des perspectives. L’aspect psychologique est essentiel, redonner de l’espoir en exposant les freins et les accélérateurs participe du bon déroulement de la prise en charge. Nous avons affaire à des patients qui ont été baladés depuis trop longtemps, ils ne sauraient le supporter davantage. Si dans la plupart des cas cette option serait efficace ce n’est malheureusement pas toujours vérifié. En revanche, une prise en charge pluridisciplinaire pourrait être envisagée.

La place de l’ostéopathie dans le système de santé

L’ostéopathie est très rarement évoquée pour être un relais dans les situations d’impasse diagnostique ou thérapeutique. Un vieux toubib m’a un jour dit «  ton métier est très pratique, tu es le maillon entre moi et Lourdes » en disant cela il venait de faire naître en moi une conviction profonde. Notre corporation doit prendre la place qui lui revient au sein du système de santé ; en complément direct de la médecine dite « conventionnelle ». Combien de patients éviteraient les maux d’estomac dûs aux anti-inflammatoires ? Combien de foies épargnés par les anti-douleurs ? Combien de généralistes et de spécialistes soulagés ?  Quelle économie de moyens  ?

 

Actuellement, notre position est extrêmement inconfortable lorsque nous recevons des patients en situation d’errance diagnostique. Nous intervenons, en effet, bien souvent au cours des différentes étapes du parcours de soin. Lorsque les patients viennent voir les ostéopathes, ils sont en quête de réponses et de solutions.  A ce stade la perte de confiance vis-à-vis du système médical est très prégnante et cela peut  être source de situations préjudiciables, notamment pour la perte de chance*.

 

 Lorsque les patients en situation d’errance prennent la décision de consulter un ostéopathe, nous, praticiens nous nous retrouvons devant plusieurs types de situations : soit le traitement est inefficace, soit le patient est perdu, soit il cherche une alternative aux soins allopathiques. Ce mode de fonctionnement n’est pas le plus efficient pour celui qui cherche le soulagement. En effet, la prise en charge s’ajoute aux différentes étapes du parcours de soin. Même si nous avons l’obligation d’observer la plus grande réserve, il est souvent difficile de ne pas constater la supériorité thérapeutique de l’ostéopathie face au classique «  Anti-inflmamatoire/Anti-douleur » prescrit pour une lombalgie ou un torticolis.

Dans l’intérêt des patients Il serait pourtant possible de communiquer puis de s’entendre. Un travail préalable de remise en question et de structuration de l’ostéopathie serait obligatoire,  autant dans la formation que dans sa représentation. La cacophonie actuelle est inaudible pour les patients comme pour les médecins.

 

Dans un fonctionnement optimal, l’ostéopathie peut s’engager aux cotés des médecins généralistes comme médecine de première intention. C’est déjà une réalité sur le terrain. Un bon nombre de patients viennent consulter leur ostéopathe avant de demander l’avis de leur généraliste. L’efficacité de l’ostéopathie est plébiscité par les patients dans les cas de lombalgie, de cervicalgie et pour bon nombre de douleurs aiguës ou chroniques. Il serait donc bon de commencer à travailler sur un référentiel tripartite (patient/médecin/ostéopathe) pour permettre un accès aux soins plus ciblé et ainsi de faire le bon choix thérapeutique. Ce fonctionnement aurait la vertu de mettre le patient au centre du parcours.

 

Cette organisation nécessite des pré-requis communs aux ostéopathes notamment sur la capacité a établir des tests orthopédiques et neurologiques fiables de façon à pouvoir ré-adresser au spécialiste si la situation l’exige. C’est un problème actuel qui participe à la perte de chance* pour les patients et à la perte de confiance des médecins. L’ostéopathe doit ré-adresser au généraliste au même titre que le généraliste ré-adresse au spécialiste. De plus, cette configuration nécessite une communication privilégiée entre les médecins et les ostéopathes, aspect de la solution qui prendra certainement du temps.

 

La première étape est donc de responsabiliser le patient et de le mettre enfin au centre de son parcours de soin. Il est aiguillé, grâce à un référentiel, dans la voie qu’il souhaite pour intégrer le parcours de soin. Il n’existe plus dans cette configuration de sentiment d’ingérence dans le parcours de soin mais une collaboration efficace.

 

Ce n’est pas une utopie : les médecins généralistes qui connaissent  l’ostéopathie ont déjà mis en place ce mode de fonctionnement à l’échelle de leur pratique quotidienne.

L’ostéopathe, professionnel du lien

L’ostéopathie est une profession relativement nouvelle et souffre d’un déficit d’image auprès des professions médicales. Les choses tendent à s’améliorer avec la hausse des exigences du niveau de formation, un contexte démographique rude qui pousse à l’excellence et une jeune génération de médecins qui reconnaît les bienfaits de l’ostéopathie.

 

L’ostéopathe est un professionnel du lien. Il est formé pour lier anatomie et physiologie, structure et fonction. Sa vision globale lui permet de comprendre la survenue pluri factorielle des douleurs. Intégrer le patient dans un équilibre corps-psychée-environnement offre une grande variété d’action possible. Son but principal est de rendre au patient la capacité de se rééquilibrer au sein de son histoire corporelle, psychologique et environnementale.

 

L’ostéopathe n’agit donc que comme un médiateur. Il est urgent de sortir du cliché du sauveur pour pouvoir laisser le potentiel de guérison s’exprimer au travers d’une prise en charge commune avec plusieurs thérapeutes.

 

L’errance diagnostique n’est donc pas une fatalité. Il existe de nombreuses réponses autres que le parcours de soin conventionnel. Dans le domaine des nouvelles professions de soin, je les nommerais « néomédicales », il existe une grande variété. Difficile de s’y retrouver et de communiquer entre ostéopathes, chiropracteurs, étiopathes, kinésiologues, sophrologues, réflexologues, naturopathes... Comment envisager de travailler ensemble lorsque nous ne connaissons pas, patients comme praticiens, le champs de compétence des différents acteurs ?

 

Dans  le domaine de la consultation de première intention il me semble que l’ostéopathie est la profession la mieux armée pour repérer les situations qui nécessitent une prise en charge médicale classique. Ne serait-ce qu'à cause de sa formation sémiologique médicale importante.

 

L’ostéopathe doit assumer son rôle de liant et mettre en place un soin pluridisciplinaire qui aidera le patient à sortir de sa problématique thérapeutique. Remettre le patient au centre, connaître ses limites de thérapeute et collaborer  avec le système médical et néomédical c’est à mon sens la seule voie sûre pour répondre vite et bien à une errance diagnostique.

Bibliographie

Simon-Pierre Paulin Ostéopathe D.O.


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